Accueil Humeurs La vie de Philippe, acte II
09 | 09 | 2010
La vie de Philippe, acte II PDF Imprimer E-mail
Écrit par Philippe Perrier   
Vendredi, 05 Mars 2010 23:03

Place à l'acte II

Certaines mauvaises langues ont prétendu aujourd’hui sur Facebook et MSN que le 5 mars était mon anniversaire. Elles ont parfaitement raison et même plus que cela :p

 

 33 ans, ça commence à compter. Déjà trop tard j’en ai peur pour la crucifixion,  faute de miracles, d’élection divine et d’ennemis haineux au-delà du raisonnable. Assez mal parti également pour devenir Empereur des français comme un autre enfant d’Ajaccio, l’époque n’est pas épique et je suis qu’un débutant à X-Com (merci Olivier pour ce trésor de jeunesse). Que faire alors ?

Etre soi-même, enfin, entrer dans sa maturité et donner du fruit. Dans un très bon article du Monde (merci Jonathan), pourfendant tranquillement les vues de Claude Allègre sur le climat, une comparaison m’a sauté à la gorge. Allègre prétend qu’on ne peut pas prévoir l’évolution du climat puisque déjà, ma brave dame, la météo n’arrive pas à nous dire le temps qu’il fera dans trois jours. Pour le climat, je n’en sais rien, mais le parallèle du contradicteur, Jean-Louis Fellous,  était frappant. Demandez à votre médecin quel sera votre état de santé dans deux mois, il n’en saura rien. Demandez-lui quelle sera votre santé dans un siècle, il vous répondra avec la certitude de l’horloge et la poésie des vers à charogne. Sans même aller chercher la Bible et les jours de cent vingt ans, je me suis réapproprié l’image et ses idées de proportion. Dans un siècle, je ne serai plus là. Au mieux, je fête ce soir le début de l’Acte II de la vie, (comédie ? tragicomédie ? drame ?) en trois actes et peut-être un épilogue (en famille ? dans un mouroir ?).

Mon temps n’est plus aux jeunes feuilles. Il est trop tard pour dire « j’attends encore de nouvelles pistes ». Jean-François d'Ajaccio, toi si gentil et perspicace, je pense à toi, au jour où tu m’as dit une des phrases qui me résume le mieux : « Tu as des mains de boxeur, mais tu n’aimes pas boxer. » Quand Goldman chante l’adolescence, il lui fait dire « Elle ne voulait surtout pas choisir pour ne surtout renoncer à rien. » L’adolescence à … dix-sept ans. Dans une farce métaphysique que j’ai écrite en prépa, je fait dire à l’un de mes personnages « J’ai dix-sept ans, dix-sept ans pour longtemps. » Longtemps, mais pas toujours. 33 ans, un tiers de siècle : un bon âge pour changer d’acte. Bien plus que vingt ans qui, Paul-Jean tu as raison, signifie de moins en moins une barrière : la majorité tombe deux ans plus tôt, il n’y a plus de service militaire, j’ajouterais, pour Marie, que les « jeunes gens » s’en vont en boîte bien plus seuls que leurs aînés n’allaient au bal. Trente-trois, pour un retardataire comme votre serviteur, c’est peut-être le véritable âge de la majorité. Je pense à vous, cher Denis Roche, qui ne lirez sans doute jamais ces lignes (êtes-vous seulement encore parmi nous, tant j’ai tardé ?) Le défi du « mot-mot », comme un gant que je n’ai pas relevé, un clin d’œil entre vous en moi.

33 ans. C’est que j’ai eu peur, si peur, de ces petites musiques qui me trottaient dans la tête. Je ressemble à ce chevalier de légende médiévale, dont on peut lire la très belle actualisation sous le titre Le mystère de la source, signé Fabrice Frémy. Ce chevalier qui cherche toujours au dehors une solution qui n’y est pas... Pardon Lakanal, mais je n’ai pas appris grand-chose sur tes bancs : des solutions de jeu vidéo auxquels je n’avais pas le temps de jouer, des appréciations comme « copie atypique, et qui n’a donc pas sa place ici ». Seulement à vingt ans je n’étais pas majeur, j’avais encore le respect religieux des profs, je me croyais encore à Lacordaire, lycée mené tambour battant par un taureau fumant et plus qu’intolérant sur les bords. Pauvre José, directeur d’un château de sable, sais-tu au moins ce qu’il est devenu, ton lycée-sacerdoce. J’ai peur que non, sinon, tu serais déjà revenu d’entre les morts pour tout remettre en ordre et en colère.

33 ans, il est temps de dépasser Lacordaire et les cours de Madame Vatain, à qui je dois tant, en clarté, émotion, structure. Je savais déjà patiner à dix-huit ans, mais la compétition me faisait peur, pas temps l’échec d’ailleurs, que la réussite, la responsabilité. Alors j’ai échoué, d’impasses piteuses en impasses glorieuses, me figurant dans mes jours les plus orgueilleux que je valais Ulysse qui ne veut pas partir en guerre. « Faire les 400 coups / Se prendre des coups / Plutôt que le tiède. » : le chantait-t-elle seulement sérieusement ?

Je ne vous ferai pas le coup du vilain petit canard. C’est mignon, les canards, ma mère les collectionne et je ne connais pas assez Mallarmé pour me prendre pour un cygne. Pourtant (est-ce un prélude de bouddhisme ?), il y a des soirs où j’ai l’impression d’être un être de fiction, un petit cochon des villes, un peu singe, un peu ki-rin ou loup-garou : une chimère. Ce n’est pas tant le syndrome de l’albatros baudelairien, qui fait des ravages tous les ans pour le bac : je n’ai pas de prétention princière sur les nuées et, ces derniers temps, on me hue assez peu. Juste une poussée, quelque chose de végétal, quelque chose qui doit sortir.

Martine, si tu lis ces lignes, sache que j’ai vu un camion Tryba en ville aujourd’hui. C’est le premier que je croise à Ajaccio en 33 ans. Quelle importance ? Peut-être les sumos publicitaires de la marque… Longtemps, je me suis cru un éléphant dans un magasin de porcelaine, qui essayait de sortir sans rien casser. « Mais non, mais non, fracasse !!! » m’a conseillé une amie bien avisée. Depuis je fracasse et cela me fait beaucoup de bien.

Fin des vacances, fin de l’acte I. Oui Vanessa on fêtera ça à Paris. En attendant, aux lectrices et lecteurs qui me font l’amitié de suivre ces plumes : la fréquence des mises à jours sera  sans doute ralentie. Il faut que je travaille à mes manuscrits pour espérer en vivre, et cela ne se fait pas tout seul, mais je promets solennellement de ne pas vous oublier.
Merci à toutes et à tous pour ces messages qui me font chaud au coeur. A ceux qui attendent des mails de ma part, je fais chauffer le clavier le plus vite possible.


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