jeudi, 20 décembre 2018 13:45

Où l'on cause, de manière très bavarde, voire folle, Corse, agneau, supermarché et Belgique

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(En hommage à High'Rider, qui s'étonne avec humour sur Facebook, que je monte sur mes grands cheveaux pour un simple agneau à cagoule)

Vieux réflexe rôliste, HIghl'Rider, quasi conditionné : quand on voit arriver les goules... (les vrais savent...) ^^

Quand à la cagoule, elle doit, pour être orthodoxe, être tricotée main, par une grand-mère corse, au fond d'une vallée perdue où l'hypermarché ne règne pas, mais seulement la beauté de la brume et des sources. Pour être comique, elle doit se conformer au mode d'emploi de Pétillon ou Pido. Cf. L'Enquête corse, le film, qui a des défauts, mais pas le moment où Pido arrive avec sa cagoule... Hum... Spéciale... Trêve de gag, c'est vraiment compliqué, la Corse. Causons, sous le chêne.

Moi le double métis, même né et élevé en Corse, même avec du sang corse, même revenu en Corse depuis des années, d'une part, je ne comprends pas tout, mais bien malin ou gonflé à l'hélium qui le prétendrait, d'autre part, j'essaie, en général, de faire équilibrer un côté corse et un côté invité permanent bien élevé, par modestie.

Cette île, que j'ai dans la peau et les racines vibrantes et jusqu'aux plus hautes ramilles agitées par les anges ; cette île, qui a donné à l'humanité un chant du fond des âges, comme une leçon d'éternité, une proposition d'éternité, que l'on peut parfois égaler, dans la splendeur d'une nuit celtique, par exemple, d'ailleurs, les Corses y vont plus que volontiers, aux nuits celtiques ; cette île, en qui l'Histoire des autres a si souvent vu un citron à presser, ça fera des sesterces, pas de petit profit ; cette île, qu'on a aussi regardé comme un putain de porte-avion putain de bien placé en Méditerranée, une simple pièce dans un jeu ultra-compliqué, une position à tenir et garder sous le coude ; cette île où je ne suis pas fier d'être né, où je en me vante pas d'être né, ça s'est fait comme ça, tout naturellement, c'est ma mère qui criait et ça ne me donne aucun droit sur la Corse, ni fait de moi la cause de sa Beauté, j'aurais pu naître ailleurs et venir vivre ici, où l'on connait l'accueil de celui qui vient dans le respect total ; cette île à la Beauté naturelle ahurissante, fracassante, si variée, sur si peu d'espace, au point qu'elle finit par ressembler à une sorte de de bouquet final de Dieu ; cette île qui dort beaucoup, a beaucoup de défauts, dont les Corses honnêtes sont les premiers à se moquer avec autodérision et mauvaise foi d'aristocrates ; cette île qui, quand elle se réveille, cela arrive aussi, enfante des Titans qui font trembler la planète sur son axe et les trop vieux rois, sur leur trône ; cette île, qui a ses problèmes, ses crimes, délits, assassinats et ses magouilles internes, mais où le virus de la Justice Absolue flotte aussi dans l'air, et une fois choppé, impossible pour toi de trouver le vaccin, tu tousses, tu éternues, puis tu te mets à crier contre l'injustice de la réalité, à chaque fois qu'elle croise ta route, c'est viscéral, tu n'y peux plus rien, tu n'y pourras plus jamais rien mais la Mort sera fière de toi, belle et sereine, quand, comme tout le monde, Elle viendra te chercher, car Elle passe pour tout le monde, même si elle n'est pas fière de tous les passagers de son autobus et ne leur demande pas à un tous un autographe comme elle vient d'en demander un à Simeoni ; cette île de violence et de douceur, Vendetta et berceuses, de monuments aux morts perdus dans les villages qui furent saignés à blanc, de souvenirs des Juifs que l'on n'a pas livré, ça ne se fait, pas, de souvenirs de résistants qui avaient tatoués dans l'âme le mot "Héroïsme", et, parfois, de pauvres Italiens, un peu fantoches et crève-la-faim, qui se demandaient bien ce qu'ils foutaient là, au milieu d'une guerre qui les dépassait, ennemis pas bien redoutables, plus rapides que les Corses a applaudir et danser à la chute du fascisme, et à qui on a laissé manger, parce qu'on voyait bien que c'était pas eux, la cible à abattre, nos figues de barbarie, par solidarité humaine ; cette île dont la grandeur crève les étoiles, le vent balaie l'Histoire, la mer charrie les millénaires, les souvenirs, le p'tit pécheur qui peine, humblement, et sait encore trouver le poisson, mais aussi les sacs plastiques et même parfois la pétrole obscène qui vient souiller les plages, les plus évidentes, mais les plus petites de ses merveilles, trop souvent transformées en bronze-culs bien denses à retourner des deux côtés, une fois cuits à point ; cette île qui s'est vouée à la Vierge, sérieusement, a un hymne marial et catholique, y croit, y vibre, politiquement parlant, mais accueille aussi les musulmans, les uniates de Cargèse ; cette île que l'on dit susceptible dans "Astérix en Corse", mais qui a en fait un seuil de tolérance extrêmement élevé ; mais cette île, volcanique, aussi, on ne jalouse pas l'Etna ici, il y en a en dans chaque Corse, et, de temps en temps, il se réveille, explose, ça fait des coulées de sangliers en fusion mentale, une horde préhistorique, mais présente, qui n'accepte pas, n'acceptera jamais, jusqu'à son dernier souffle, qu'ici, on caillasse des pompiers pris dans un traquenard, parce qu'on sait trop ce qu'est le feu, et la folie des pyromanes et les cendres qu'ils laissent, ici ; cette île qui n'accepte pas, non plus, qu'ici, des p'tits caïds testent leur laisse pour voir s'ils peuvent privatiser une plage et faire leur petite loi, sous quelque prétexte que ce soit, charge cosmique assurée et retour de bâton sauvage de la part de la horde, qui est plus ancienne qu'eux, plus sacrée qu'eux, et qui est chez elle, ici, depuis toujours, et pas décidée à bouger, on aime trop les ânes, que, nous, on a jamais mangés, ça nous protège encore un peu, même si on sait bien qu'on passe pour des incontrôlables, des ingouvernables, on en tire un orgueil épouvantable, mais bien placé, et on éteint la télé ou internet qui nous montre, et on n'en veut pas, ce qui arrive, lorsque l'on dit trop "oui" et l'on se laisse trop gouverner par les gouvernants qui gouvernent, les philosophes qui philosophes et les technocrates dans leur calculs précis, mais qui planent ; cette île qui préférera toujours les balbuzards, qui, de toute éternité et pour toute éternité planent mieux que les technocrates et leur donnent des leçons ; cette île que j'aime à la folie, et jusque dans ses contradictions et ses failles, c'est à la fois le mot français "sacré"et les mots corses "Avà basta", que Dieu a découpé soigneusement dans son propre dictionnaire, dont il a fait des confettis qu'il a dispersé sur la Corse et où ils sont devenus des fleurs, et du maquis ; cette île où tu es déjà au Paradis, parce que ça peut pas être plus beau que ça, le Paradis, Dieu ne s'économise pas, et il a déjà balancé le son des anges à fond dans les baffles pour créer nos petites polyphonies... mais, enfin, cette île qui reste absurdement précaire, où l'on a faim plus souvent qu'à son tour, sous la vitrine des sacs à main de pintades chics, et des voitures trop belles et trop nombreuses pour le plaisir malsain des embouteillages, où, pour un piéton ajaccien comme moi, il est désespérant d'avoir l'impression, si souvent, que les bus tirent au dé s'ils bosseront ou pas, passeront ou pas, et à quelle heure, et avec des bus dans quel état, mais ça, c'est pas la faute les chauffeurs, et ça avance ; cette île de procès infernaux, de querelles de successions où les générations suivantes meurent de vieilleisse avant d'en voir le bout ; cette île où l'on aura bientôt plus de supermarchés disponibles que de billets dans son porte-feuille pour y faire ses courses ou de litres d'essence que l'on peut se payer dans son réservoir et où la distance entre les supermarchés m'a l'air de générer des frais d'essences et des embouteillages, qui annulent le bénéfice hypothétique de la concurrence entre les Mastodontes pour le p'tit Corse sans le sou ; cette île où hypers rime avec guerre et procès, encore, à coup de millions, et en poussant la machine légale à fond les manettes ; cette île où je ne suis pas certain que le petit commerçant de la vieille ville puisse suivre la cadence, ni le berger qui essaie, quelle idée aussi, de faire de l'agneau de lait corse en Corse, espère, peut-être, en vivre dignement depuis son Paradis dans la Montagne Sainte, pour à la fin, vlan patatrasuprise, se faire blouser dans des rayons que n'aurait renié Rémi Devay, clown littéraire fauché trop tôt. Alors, humblement, doucement, à coup de tartines abominables, parce que l'indécent appelle l'indécent, parce que si les littéraires ne bondissent pas pour aider les bergers quand on essaie de piéger les bergers dans une absurdité littéraire, personne ne le fera, je voudrais juste dire : "Il y a des choses incroyables et parfaites sur cette Terre Sacrée qui a accueilli mon père et mes ancêtres grecs. Reconnaissance absolue pour ça. Mais il y peut-être aussi des choses à améliorer, d'urgence, des choses qui cadrent pas avec le reste. Et dont cet agneau qui aurait bien fait rire Coluche est un exemple flagrant." Je vois tout à fait Coluche arriver sur scène avec l'étiquette d'Auchan, pour en faire l'explication de texte. Il en aurait fait un truc punchy, impayable, drôle, écouté, populaire. Quand moi et mon lamento trop long, je n'ai pas l'impression de servir à grand chose. Saletés d'études de lettres. J'aurais dû faire l'école du Cirque.

Lu 306 fois Dernière modification le vendredi, 08 février 2019 20:42
Philippe Perrier

Ancien journaliste littéraire, métis corso-greco-mayenais, taquineur de muses à ses heures perdues et actuellement stagiaire de la formation professionnelle "Grande Ecole du Numérique" Afpa/Aflokkat sur Ajaccio. Trois manuscrits achevés, deux en cours.

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