mercredi, 18 septembre 2019 17:59

Catastrophe en librairie

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Aphrodite anadyomène Aphrodite anadyomène ¨Photo : Philippe Perrier

En ces temps de rentrée littéraire, ce petit rite social si français dont je ne suis pas certain que l'on se préoccupe plus que ça à l'étranger, permettez-moi une petite fable allégorique, en hommage à ma librairie de quartier favorite et, à travers elle, à toutes les librairies de quartier qui résistent de leur mieux aux géants numériques. Qui sait, peut-être verra-t-on un jour, à La Marge ou ailleurs, débarquer pour de bon ma déesse imaginaire, à la recherche de ce que l'on ne peut pas trouver dans une base de données, grâce à un algorithme ou une recherche consciente. S'empare de ce personnage qui veut, je l'offre à notre public.

 

Des amours d'Ouragan et d'Aphrodite

Naquit une poupée moins belle que Claudia.

Elle était brune et boutonneuse et son nom en faillite

Était Catastrophe, c'est un nom de fada.

Portant à pas six ans lunettes taupes à foyers doubles,

Elle avait lu Lacan, n'avait pas tout compris,

Trouvait injuste, insensuel, qu'il n'y ait pas de rapport sexuel.

Elle aurait tant aimé le regard d'un garçon,

Même un petit mortel, un pastoureau, un érudit :

Sa passion rayonnait sans racisme mental.

Elle aurait tout donné pour voir l'archer fatal,

Son demi-frère après tout,

Ne pas la laisser sans le sou.

Ouragan très souvent lui rapportait des perles.

Des trésors oubliés de pirates inconnus.

Tous incapables de fléchir Eros.

 

Alors, Catastrophe, les perles, elle les brisa...

Elle était douée pour l'informatique.

Elle passa perles au masculin, oublia la finale.

Cessa de dire « Je vais », jura par le « Java »,

Devint hackeuse.

Interpol cherche encore le nom de qui lui a offert son premier borsalino noir.

Des amours des adultes, elle voulut savoir les codes...

Et cracka tout, Mimi Cracka.

Les Bases de Données s'affolaient, il fallu faire intervenir Hermès pour colmater les trous.

Depuis, entre ces deux-là, c'est la guerre.

Que cache-t-on à Catastrophe qu'elle n'ait pas déjà vu et lu vingt fois ?

Elle se fâcha tout rouge, menaça de retirer la foudre à Zeus.

Catastrophe, en vérité, cela aurait été.

Et cela faillit être.

 

Quand Athéna la Rusée la prit par la main, l'emmena à Ajaccio, cours Emmanuel Arène,

Déguster un tiramisu

Avant d'entrer dans un lieu inconnu d'elle.

Un lieu aux mille senteurs, où les hackers ne peuvent rien.

Cela s'appelait « La Marge ».

Il y avait des livres partout, jusqu'au plafond.

A peine la place pour se mouvoir en oubliant

Qu'on est la fille d'Ouragan.

« Et à la p'tite dame, que lui fallait-il ? lança la libraire, qui en avait vu bien d'autres, était certaine de pouvoir satisfaire sa cliente, d'éviter sa colère et, armée de ses simples piles de livres, d'un sourire si humain et de méthodes anciennes, canaliser la redoutable déesse.

- Je, je ne sais pas. Un livre sur l'amour quand on est moche et que personne vous aime ?

- Notre nouvelle stagiaire va vous trouver ça sans problème.

Sérendipité, tu peux venir en rayons s'il te plaît ? »

Lu 129 fois Dernière modification le dimanche, 08 décembre 2019 20:18
Philippe Perrier

Ancien journaliste littéraire pour Auteurs.net, Lire, L'Express, La Revue des Deux Mondes et RCF Corsica, métis corso-greco-mayennais, écrivain momentané à ses heures perdues. Co-auteur de "Cargèse autrefois I et II" aux éditions Lacour. Président Co-fondateur de quelquesplumes.info

- Ecrire, c'est sentir sur son clavier l'appel des hauturiers, des marins du grand large. Cela commence, en général, lorsque l'on se rend compte, non pas que l'on a pied dans le vide, mais que le vent est là et le navire au port, qu'il est temps d'embarquer.

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