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lundi, 16 novembre 2020 17:29

Hold-up ou le complot du vautour Spécial

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L'ouverture de "Hold-up" L'ouverture de "Hold-up" Hold-up

6'55'', c'est de temps que votre serviteur a tenu sur le « mockumentaire » du moment, Hold-up, qui agite beaucoup les réseaux sociaux, la presse, et, apparemment, le monde politique. Mon Facebook criait dans sa très grande majorité au « poison », à l' « étron » ou à la « daube ». Ayant goûté, je vote pour le vautour.

« Voici, parmi les oiseaux, ceux que vous tiendrez pour immondes ;

on n'en mangera pas, c'est chose immonde :

le vautour-griffon, le gypaète, l'orfraie, le milan noir, les différentes espèces de milan rouge,

toutes les espèces de corbeau, l'autruche, le chat-huant, la mouette

et les différentes espèces d'épervier, le hibou,

le cormoran, la chouette, l'ibis, le pélican, le vautour blanc, la cigogne

et les différentes espèces de héron, la huppe, la chauve-souris. »

 

Lévitique, 11, 13-19

 

 

La vie est courte quand on la remplit mal. Bien suffisamment longue pour qui sait s'occuper, disait en substance Sénèque. Vivre mille ans, à quoi cela servirait-il si l'on remplit mal sa vie ? On arriverait au bout en disant encore : « c'est trop peu ! » Hold-up, qui dure quasiment trois heures, boxe donc, niveau cinéma, dans la catégorie du Grand Bleu ou peut-être aussi des adaptations de Tolkien en version longue. Déjà que je n'accorde pas assez de temps à Tolkien et aux Inklings, à la Bible et à Chesterton dans ma vie, presque trois heures pour de la soupe de vautour, c'est vraiment trop. Certes, mais pourquoi ?

C'est Umberto Eco qui, taquin comme à son habitude, comparait volontiers le livre et la soupe. « Il n'est pas besoin, disait le maestro, de finir une soupe pour savoir si elle est bonne ou non. » On peut certes trouver des exceptions, comme Le Seigneur des anneaux, justement, très long à démarrer, mais impossible à fermer ensuite. Ou comme La conjuration des imbéciles, très long aussi à démarrer, mais irrésistible de drôlerie passé un cap, ce qui rend si triste le fait que son auteur se soit suicidé faute de reconnaissance.

De « conjuration », il est apparemment question dans Hold-up, sur le mode de « Le gouvernement, ment énormément. Y a que ma maman, qui ment rarement. » A la limite, je ne veux même pas savoir la sauce exacte du grand complot mondial tel qu'il apparaît de manière infiniment probable dans le film. Le Nom de la Rose et, encore plus, Le Pendule de Foucault d'Umberto Eco m'ont plus que vacciné sur le fait de voir des complots et de l'ésotérisme partout. Et le maestro italien m'a, j'espère, un peu formé sur l'art de goûter les soupes.

Sur 6'55'' Hold-up qu'est-ce que c'est ? De la musique stressante, captieuse, anxiogène. Des bouts d'interviews qui sautent tel des cabris d'un intervenant à l'autre. On a à peine fini de lire le titre de crédibilité de l'intervenant que son intervention est terminée. Ouf, il revient moins de deux minutes après (c'était qui déjà ?) On essaie de se concentrer sur le message, tronqué par la réalisation : trop tard ! La caméra est déjà passée à autre chose. En l'occurrence un plan d'hélicoptère WTF pour introduire un témoignage d'un homme qui se présente comme un ancien chercheur en médecine et lance un mystérieux : « Quand on a trouvé, on arrête de chercher. » Quand on a trouvé quoi, banane ? Le film coupe, enchaîne sur un autre intervenant qui commence par remettre en cause l'OMS en se fondant sur une accusation accompagnée d'une « de qui se moque-t-on ? » indigné sur... le nombre de pages des rapports sur la Covid, de plus en plus important (sic!). Ce que contiennent les pages, on ne le saura pas encore. La caméra saute sur un plan d'escalator, musique angoissante, c'est pire que les dents de la mer (je préfère Nibali) ou le JT de TF1 (je ne regarde quasi plus la télé, sauf Via Stella et les Corsica Sera). Personnellement, baste !

 

 

Beaucoup d'encre a déjà coulé sur le sujet et j'arrive tard dans le débat. Je vais donc essayer d'être bref, en me concentrant sur deux points : ce n'est pas parce que la presse dit quelque chose que c'est faux, d'une part. Et il n'y a pas nécessité de complot d'une intelligence ou fourberie supérieure pour faire naître une épidémie, de l'autre. S'il reste un peu de temps, et s'il vous reste un peu de patience, je parlerai un peu de Dieu pour finir. Dieu, Lui, est patient, et gagne toujours à la fin, cela manque de suspens.

 

A ceux qui penseraient que les tirs de barrages, dont je n'ai lu que les gros titres, du Monde, de Libé, de l'AFP, sont forcément suspects, car les journaux ont des actionnaires... donc que les journaux font partie du complot, je voudrais dire que dans une autre vie, j'étais moi aussi jeune journaliste, et que le complot était si bien caché que je ne me suis aperçu de rien. Pire ! Quand je pinaillais avec mon rédacteur en chef web, pour insister sur le fait que la situation de la Corse dans L'Enquête corse de Pétillon n'était pas « complexe », mais « compliquée », il me laissait publier « compliquée. » Quand je suais une critique de mon front, c'est le fruit de mon travail qui paraissait dans le Lire de Pierre Assouline. Même avec Busnel je n'ai eu qu'une seule fois un problème, mais cela peut arriver, au fond : il ne pouvait pas piffrer l'écriture de Marc Levy, je proposais un article (encore de l'Eco!) expliquant comment et pourquoi quand on vient de goûter un bonbon au sucre, on ne peut pas dire qu'il sent le poivre... et comment les marshmallows de Levy avaient un pouvoir populaire de consolation. Ils avaient donc leur place.Haro sur le baudet... Mais je n'ai pas bossé longtemps avec Busnel. Santé vacille, Philippe rentre en Corse.

J'en ai sué, c'est vrai. Mais quelle satisfaction de savoir que les lignes que j'écrivais étaient imprimées à 120 000 à 140 000 exemplaires papier du temps d'Assouline ! Quel espace de liberté, donc de responsabilité. Assouline me suggérait des livres à chroniquer, mais me laissait libre. Il n'avait pas d'employés mais des invités sa ta table de rédac-chef. Si je prenais un livre sur les piles immenses d'exemplaires de presse qui arrivaient à Lire, que je le lisais sur mon temps et que je le défendais bec et ongles sans être ridiculisé par la conférence de rédaction, cela devenait un choix collectif de l'équipe et mes mots étaient imprimés, tels quels. Pas de cabinet noir, pas d'officine occulte me commandant d'écrire du bien ou pire, ceci ou cela d'un tel ou un tel. Évidemment, des attachés et des attachées de presse plus ou moins compétents et ou attachants, les meilleurs vous tenant un discours de vérité, pour défendre leur bifteck, mais la pression de l'un annulait la pression de l'autre et, au final, j'écrivais ce que je voulais, en toute liberté. Limité seulement par la maquette et le prix trop bas du feuillet, qui a fait que cette aventure n'était pas rentable à long terme.

Une fois, un éditeur a essayé de monter une « affaire », parce que l'on avait pas parlé et pas primé assez le livre qu'il avait édité. Un pavé, enthousiasmant au départ... mais qui ne tenait pas la distance à force de la tenir trop, comme un trompettiste de jazz qui tiendrait la note, encore, encore, encore, jusqu'à ce que le public se lasse et s'en aille, ne serait-ce que pour aller manger ou pisser un coup. Un soufflet retombé, en somme. Il n'y avait pas de complot contre cet auteur, peu importe qui, il n'était juste, au final, pas assez convaincant à mes yeux. L'actu était déjà passée ailleurs et j'ai laissé filer. C'est si facile d'inventer des complots de l'extérieur. De remplacer les ET par des DONC ou des PARCE QUE, alors qu'il vous manque une partie des pièces de puzzle. Dans Un homme d'exception, le biopic de John Nash, Nobel d'économie et schizophrène, une scène très émouvante montre Nash en train de séduire sa future femme en dessinant dans le ciel la constellation du parapluie... inconnue des astronomes. Je vous invite à voir ce film. J'en reparlerai certainement un jour sur ce blog.

En somme, difficile à penser en ces temps noirs où la parano est si facile, mais les journalistes en poste en ce moment disent peut-être ce qu'ils disent... parce qu'ils le pensent ! Mais c'est un souci, bien entendu, que leur crédibilité globale soit tombée si bas. J'ai une piste pour expliquer pourquoi, mais cela nous entraînerait trop loin pour aujourd'hui.

 

J'en viens maintenant à mon deuxième point. De comment naissent les épidémies. J'invite chacun à faire le test - je suis pour ma part dépassé par les événements – avec Pharaon, le super jeu de gestion de villes antiques édité au début des années 2 000, mais qui tourne encore sur les machines modernes. Dans Pharaon, ô joie, vous avez le pouvoir politique ! Il faut tout gérer depuis la préhistoire : eau, nourriture, religion, hygiène, justice, police, éducation, etc. Au fur et à mesure des « missions » confiées par le Pharaon, id est l'ordinateur, le jeu se fait de plus en plus complexe. Il faut aller d'un bout à l'autre de la carte de la ville. Surveiller l'immigration. Ce qui était pertinent à un niveau de population ne l'est plus forcément à un autre niveau. Si la population grandit, il faut plus de structures d'hygiène, sinon, le niveau de santé baisse, et un moment, la peste ou la malaria éclate. Sans doute n'ai-je pas de prétention politique, je n'ai déjà pas la prétention d'être un bon joueur de Pharaon où, dans cette modélisation à l'échelle simplement d'une cité, je n'arrive pas à éviter les épidémies à 100 % alors que j'essaie de rendre heureux mes petits citoyens électroniques. Parfois l'épidémie éclate parce que la situation est trop complexe pour être gérée de manière 100 % efficace et il ne faut pas chercher plus loin.

 

Et j'en viens maintenant à Dieu, qui est patient, mais peut se mettre en colère. En l'occurrence au Lévitique, soit la loi du Désert, aux règles du pur et de l'impur, sèches comme des roses des sables, qu'il énonce, lapidaire. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c'est à lire au moins une fois dans sa vie, le Lévitique, comme fondement de civilisation. Même pas besoin de croire en Dieu ou en Jésus. C'est, au minimum, la cristallisation d'une sagesse millénaire, l'expérience accumulée au fond des grottes et des forêts : les lois du réel, si l'on refuse d'appeler ce réel « Dieu », c'est à dire « Je suis »... les lois de « Ce qui est. »

Bouffer de la chauve-souris, c'est impur. C'est-à-dire, non pas simplement immoral, au sens où l'on pourrait dégainer son Nietzsche mal digéré, crier à la « moraline » au « il est interdit d'interdire », je fais c'que j'veux, j'ai quinze ans et t'es pas mon père ! Non, simplement « impur » au sens de « sale », « pas hygiénique », « porteur de maladie ». Au sens de « Depuis que le monde est monde et l'expérience humaine se sédimente de génération en génération, bouffer de la chauve-souris a toujours apporté des maladies. C'est une LOI DU REEL, comme la gravitation universelle. Coucher avec sa mère ou sa sœur, c'est dégueulasse, non pas tant parce qu'il n'y a pas d'orgasme, mais parce que les bébés en sont dégénérés. Il faut croiser le sang, donner sa sœur à quelqu'un d'autre. Manger sain. » Tout cela, le Lévitique le met sur le même plan et ne s'embarrasse pas de plan de dissertation à la française coucou Hegel, trois parties et trois sous-parties qui valsent. C'est immonde parce que JE SUIS a décidé que c'était immonde, et que JE SUIS ne veut pas qu'on en mange. C'est vrai pour la chauve-souris, et ma Bible de Jérusalem est sur mes étagères depuis bien plus longtemps que la Covid. C'est vrai pour les vautours, et, sans pouvoir ni vouloir manger plus de poison, je vote pour cette interprétation de Hold-up : « Cher Facebook majoritaire de manière écrasante, tu avais raison. C'est de la soupe de vautour métaphorique, cuisinée par des profiteurs de crise qui jouent sur les peurs, manipulent pour lever des fonds sur quelque chose dont on ne peut même pas dire que ce soit totalement faux. Là où sont les cadavres apparaissent les charognards. C'est écœurant. Assez ! »

Lu 94 fois Dernière modification le lundi, 16 novembre 2020 20:10
Philippe Perrier

Ancien journaliste littéraire pour Auteurs.net, Lire, L'Express, La Revue des Deux Mondes et RCF Corsica, métis corso-greco-mayennais, écrivain momentané. Co-auteur de "Cargèse autrefois ..." et "Cargèse autrefois... II" (Lacour), ainsi que d'"Ortelin, ficus bavard" (Leanpub).

Président Co-fondateur de quelquesplumes.info

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