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mercredi, 02 décembre 2020 19:26

Deus pontem fecit : le tombeau de mon père.

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Daniel et Philippe Perrier Daniel et Philippe Perrier Lucie Mattei-Perrier

Papa,

 

Te voilà au seuil de l'inhumation, près à reposer à Coggia, toi qui viens des marches de Bretagne et plus précisément de Champgenêteux, petit village de Mayenne. Ces quelques mots publics, je veux les dire pour toi. Comme je veux partager cette photo, belle comme une icône et choisie parmi les dizaines que j'ai de toi, de moi, de nous.

Tu étais de ces hommes vrais et silencieux, priants et aimants, qui donnent leur vie pour ceux qu'ils aiment. Grandir avec toi fut une chance. Recevoir en trésor ta foi catholique une grâce. Se souvenir de ton exemple sera pour tous ceux qui t'ont connu et aimé une bénédiction.

 

Si tu ne resteras sans doute pas dans les livres d'Histoire qui aiment le bruit, la fureur et le fracas, ta présence discrète demeurera, j'en suis sûr, longtemps dans les mémoires de ceux qui ont croisé ta route. Toujours, ils t'auront vu semer, en fils de paysan que tu étais, dur à la tâche, fort à la terre.

 

Dieu t'avait donné un sac plein de graines de service, tu les semas. Elles moururent et tu récoltas un foyer que tu pus nourrir dignement, pour vivre avec ta femme et élever ton fils, tout en veillant aux derniers instants des personnes âgées au V240 à Ajaccio, ta terre d'adoption. Infirmier gériatrique, que c'est dur ! Regarder la mort en face, soulager les aînés en soignant et en frère dans le Christ. Mais cela ne te suffisait pas et le service, tu le semas aussi à la paroisse du Sacré-Coeur à Ajaccio, comme jardinier, servant d'autel, portier, membre de chorale. Premier arrivé, ou presque, dernier parti, ou presque. A Cargèse aussi, tu as tellement semé. Et la joie poussait sur ton passage.

 

Dieu t'avait aussi donné un sac plein de graines de patience, tu les semas. Elles moururent et tu récoltas un jardin. Un jardin potager et fruitier méditerranéen, car tu ne tardas pas à acclimater la main verte qui te venait de la Mayenne à la terre corse. Que de récoltes tu partageas ! Et si je n'ai pas hérité de ta main verte, toujours ai-je voulu, par image, récolter pour toi des lauriers. Le bac, la prépa, les études, le journalisme, ma quête littéraire, toute cette tension vers l'excellence que tu as faite mienne et qui me vient du lycée dominicain Lacordaire, où tu as voulu que je mûrisse mon adolescence. « Réussir pour servir » était la devise du lycée. « Patience » était une des tiennes.

 

Dieu t'avait donné enfin un sac plein de graines d'humilité, tu les semas. Tu mourus et, mon cœur n'a aujourd'hui aucune hésitation sur ce point, tu récoltas la grandeur auprès de Dieu le Père. Ton visage aujourd'hui était au delà du talent ordinaire des thanatopracteurs. Il rayonnait de paix, de sérénité, de liberté joyeuse et l'on t'aurait donné trente ans de moins, hormis les cheveux restés gris. La sainteté, m'as-tu dit un jour, « ce n'est qu'un accident posthume ». L’Église dira un jour ou non si tu comptes parmi la foule des saints anonymes. Je sais déjà que tu comptes parmi la foule des humbles. « Caesar pontem fecit », m'as-tu enseigné un jour, pour dire que César, tout César qu'il était avait fait faire un pont, tandis que toi, aux vignes, à Cargèse, avec la complicité de Bastien Truddaiu, très probablement, tu avais bâti un pont de tes mains dans ton jardin. Deus potem fecit, papa. Pour toi, au cœur de ta maladie, à l'hospice, Dieu vient de faire un pont de lumière pure et ce que j'ai pris un temps pour ton crépuscule était en fait l'aube d'un ailleurs de beauté, une communion avec un Messie qui avait épousé nos souffrances. Tu as gagné ton pain à la sueur de ton front, toi qui aimais tant le vélo et le jardinage. Dieu seul sait si la carrière de grimpeur cycliste à laquelle tu rêvas parfois aurait été ou non féconde. Mais Dieu t'en a offert une autre : un Golgotha que tu as gravi étape après étape, jusqu'à la mort toute douce, dans ton sommeil, mention très bien avec les félicitations du jury.

 

C'est un bonheur pour Dieu d'être ton Père. C'est une joie d'être ton fils. Nous nous reverrons dans la lumière. Avec la famille et les paroissiens que tu as tant aimés. Au revoir, papa. Nous t'aimons.

Lu 543 fois Dernière modification le mercredi, 23 décembre 2020 10:09
Philippe Perrier

Ancien journaliste littéraire pour Auteurs.net, Lire, L'Express, La Revue des Deux Mondes et RCF Corsica, métis corso-greco-mayennais, écrivain momentané. Co-auteur de "Cargèse autrefois ..." et "Cargèse autrefois... II" (Lacour), ainsi que d'"Ortelin, ficus bavard" (Leanpub).

Président Co-fondateur de quelquesplumes.info

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