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samedi, 23 janvier 2021 14:39

TRESORS D'ARCHIVES - L’hypothèse Swedenborg Spécial

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Les conférences de J.L. Borges Les conférences de J.L. Borges Folio

Swedenborg et sa mystique contés par J.L. Borges... Ce fut, sans que je ne m'explique trop pourquoi, génie de Borges excepté, la "Plume" la plus lue de la première version de ce blog. Il me prend aujourd'hui la fantaisie de faire sortir cette petite lecture bien facile des oubliettes. Atteindra-t-elle des sommets en pages vues cette fois-ci aussi ?

Je tiens Jorge Luis Borges pour un authentique génie, de l’envergure de ceux qui peuvent bouleverser une vie intellectuelle en quelques pages remplies d’illuminations et de paradoxes. Je le tiens pour un génie, aussi (cela ne vous étonnera pas si vous commencez à bien me connaître) je fréquente fort peu son œuvre. On n’est pas prêt tous les jours à se prendre un gnon dans l’estomac.

 

Une fois pourrait bien devenir coutume, je voudrais vous parler de son petit volume de conférences, prononcées entre 1977 et 1978, à Buenos Aires, ou plutôt, pour commencer, d’une seule, celle sur Emmanuel Swedenborg. Son contenu est si étonnant que j’ai d’abord cru à une mystification : une conférence réelle sur un mystique imaginaire, comme Lovecraft pouvait gloser sur le Necromonicon d’Abdul Alhazed. Tout y est trop beau pour être vrai, jusqu’au nom du mystique suédois : Swenden (la Suède) Borg (doit-on lire Borges ?). Pourtant, Wikipédia et l’Universalis contiennent un article Swedenborg. Amazon propose ses livres. Alors…

Borges nous le présente tout d’abord comme un grand scientifique, une espèce de polymathe ayant aussi bien dessiné un véhicule pour circuler dans les airs qu’imaginé le moyen de transporter des bateaux de guerre par voie de terre sur plusieurs dizaines de kilomètres. On pense d’abord à un de ses grands touche-à-tout rationalistes à la Blaise Pascal, mais Borges en rajoute une couche, à la limite du vraisemblable. Swedenborg serait aussi un remarquable artisan. « Il étudia, dit-il, divers métiers : la menuiserie, l’ébénisterie, la typographie, la fabrication des instruments scientifiques. » Un homme « éminemment réaliste », analytique, concret.

On sent arriver le coup de théâtre, il ne tarde pas. Non pas une nuit de feu à la Pascal, mais la rencontre avec rien moins que le Christ qui lui demande rien que fonder une nouvelle Eglise. Pas moins. Et pour se faire, le Christ aurait fait de lui une espèce de Marco Polo de l’invisible. Non pas un saint Jean de la Croix chantant la Nuit obscure, érotique, de la rencontre de l’âme parfaite avec son Dieu bien aimé, mais un explorateur systématique, on oserait dire un théographe, qui se contente humblement, voir sèchement, de dire ce qu’il voit et de rapporter ses conversations avec les anges et les démons.

Et Borges en vient au système de Swedenborg, articulé sur libre arbitre et le salut, non par la grâce, mais par les œuvres.

Premier point : pas de Jugement dernier, mais des affinités électives. Après la mort, tout devient plus intense, comme si on n’avait auparavant vécu que parmi des ombres. En Ombre, dirait Zelazny. Le mort rencontre d’anciens humains qui se sont élevés au rang d’anges ou d’anciens humains qui sont devenus des démons, et va où bon lui semble. A qui a une âme de démon, le Ciel, l’altruisme, l’amour, le soleil de Dieu et les conversations angéliques semblent insupportables. Dieu ne le condamne pas. Au contraire, il lui accorde ce que son cœur désire : une éternité dans un monde de haine.

Deuxième point : la condamnation de l’ascèse. Borges, qui n’en est pas un paradoxe près, place dans la bouche de Swedenborg l’histoire d’un saint homme qui, de privations en privations, de désert en désert, voulu gagner le paradis. Après sa mort, il découvre, horrifié, qu’il est trop pauvre et trop idiot pour suivre les conversations des anges. On lui accorde alors ce que son cœur a désiré le plus : se projeter dans un désert pour l’éternité.

Troisième point : les correspondances. Swedenborg serait un précurseur de Baudelaire, qui en tirera la quintessence en langue française dans des vers immortels.

 

«  La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers. »

 

Rappelons que pour Borges, il n’est qu’un seul auteur, atemporel et anonyme. Qu’il est tout à fait légitime de lire L’Odyssée comme écrite par Joyce et Ulysse par Homère. Vertige de l’infini, c’est d’ailleurs peut-être Swedenborg ou Borges en personne qui écrit aujourd’hui sur Quelques Plumes.

Lu 129 fois Dernière modification le samedi, 23 janvier 2021 14:52
Philippe Perrier

Ancien journaliste littéraire pour Auteurs.net, Lire, L'Express, La Revue des Deux Mondes et RCF Corsica, métis corso-greco-mayennais, écrivain momentané. Co-auteur de "Cargèse autrefois ..." et "Cargèse autrefois... II" (Lacour), ainsi que d'"Ortelin, ficus bavard" (Leanpub).

Président Co-fondateur de quelquesplumes.info

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