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vendredi, 01 octobre 2021 14:42

La fiancée du Lion

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Thérèse de Lisieux msie en musique Thérèse de Lisieux msie en musique Twin Music

Sainte Thérèse de Lisieux, dont c'est la fête aujourd'hui, disait, entre autres merveilles : "Aimer, c'est tout donner, et se donner soi-même." D'une précocité fulgurante, cette petite Carmélite, que le monde croyait bien ordinaire, est morte à 24 ans en 1897. Elle laisse derrière elle le souvenir d'une vie toute offerte à son Dieu, mais aussi des oeuvres complètes finalement assez brèves, surtout si on la compare à celles d'autres saints, mais si denses qu'elle a été proclamée Docteur de l'Eglise. "Docteur en science de l'amour." Avec des tirages de best-sellers à faire pâlir d'envie, années après années, bien des vedettes de rentrées littéraires et une audience qui dépasse largement les cercles catholiques, et déborde par exemple jusqu'au monde musulman, c'est pour moi, qui la chérirais même si elle était confidentielle, un guide spirituel au quotidien et comme une amie intime, à la fois si patiente et si exigeante. A l'image et à l'inverse de Baudelaire, qui avait ses Fleurs du Mal (dont la publication s'est plus  que faite qu'attendre au XIXe siècle), j'ai commencé un recueil de poésies en hommage à sainte Thérèse. Des "Fleurs du Bien" en quelque sorte. Mais je suis hélas bien paresseux : je commence tout, c'est facile, et, Ortelin excepté, je ne finis pas grand chose. Décoller m'étant toujours plus évident que retomber sur mes pattes. Alors, puisque même Baudelaire, que j'ai longtemps beaucoup (trop ?) admiré, s'est autorisé à publier quelques "fleurs du mal" avant les cent premiers poèmes finalement condamnés par son siècle, voici quelques fleurs naïves pour fêter sainte Thérèse avec celles et ceux qui le souhaitent. Des fleurs du bien. Des fleurs données. Peut-être un jour en poussera-t-il d'autres. 

 

Philippe Perrier

 


La Fiancée du Lion

 

 

En méditant avec Sainte Thérèse de Lisieux

 

A ma tata Thérèse, Fille du Saint-Esprit

 

I. Thérèse


Les larmes sur mes joues ont tracé une route
Et je veux te dédier en arrivant au port
L’éclat d’avoir conquis face à cent mille doutes
Mon âme vacillante à l’heure de la mort.

 

Terrible fiancée au cou orné de nacre,
Ton oreille a souffert comme un poinçon de sang.
Sur ton front une rose est signe de ton sacre.
La noire nuit s’en va sous ton rire innocent.

 

Thérèse morte tôt et pourtant éternelle,
La rive qui m’attend chante déjà ton nom :
« Voici la fleur en feu, l’ardente sentinelle,
Qui chuchotait son « Oui... » quand Satan hurlait : « Non !!! » »

 

Heureuse maladie, qui te fit doctoresse,
Toi la petite sœur qu’on croyait sans éclat.
Heureux le pèlerin, qui en ta forteresse
Vient reposer son cœur, ses pieds lépreux et las.

 

Thérèse, souviens-toi, à la fin du voyage
De l’enfant que je fus et que j’ai oublié.
Accorde-moi la joie et la paix du bocage :
Lisieux est une étoile et ton port un allié.

 

II. L’infini

Je rêve d’infini, d’où me vient ce désir
Quand tout autour de moi est promis à la mort :
Le soleil qui s’en va, le fugace plaisir,
L’homme repu le soir et content de son sort ?

 

Je rêve d’infini, quel est ce mot étrange ?
Négation d’ici-bas ou songe évanescent ?
Je voudrais être au Ciel avec les petits anges
Sur les genoux de Dieu comme les Innocents.

 

Je rêve d’infini. A l’école une droite
Sur le tableau du maître a révélé cela.
Jésus dit : « Mon enfant, choisis la porte étroite,
L’abaissement de Dieu t’ouvrira l’au-delà. »

 

Mon rêve paraît fou aux sagesses des hommes :
« Du tombeau assuré, il faut se contenter. »
Voilà leur horizon et voilà ce qu’en somme
Ils tiennent pour acquis et suprême beauté.

 

Pourtant, mon cœur le sait, rien n’est impossible
Au Roi des Rois qui doit nous revenir bientôt.
Même blanc un cercueil lui est inadmissible
Et Il peut par Sa mort fracasser le linteau

 

Qui nous enfermerait dans l’illusion trompeuse
Que le fléau camard nous est définitif.
« Pourriture pour vers » dit la voix sirupeuse.
« Ressuscitée aux Cieux. » répond l’infinitif

 

Du petit verbe « Aimer au risque sa vie ».
Le seul amour qui compte est celui de la croix.
« Les clous dans les poignets, je n’en ai pas envie,
Ô Père, dit Jésus, mais je le fais pour toi

 

Et pour tous les petits devenus à ma charge :
Les malades, les fous, les boiteux et les sourds.
Mon souffle est sans pareil, la voile prend le large
Et de mon flan le sang, comme l’eau soudain sourd. »

 

Mon rêve le matin, lorsque je me réveille
Me poursuit tout joyeux et tout enfariné.
Voir après l’horizon, voici une merveille
Que Dieu donne aux enfants tel un talent inné.

 

III. Audace

Seigneur, de sainteté mon âme a le désir :
Je voudrais embrasser la suprême carrière
Travailler et te plaire à travers la prière,
Trouver en toi, Mon Dieu, mon unique plaisir.

 

La Beauté de ta Face au séjour éternel,
Le Bonheur Infini, récompense des justes,
La Lumière tremblant au feu de mille lustres :
Voilà mon but lointain en mes vœux solennels.

 

Mais le voyage est long et mes pas sont petits :
Souvent en trébuchant, je tombe sur la route.
Alors, je crie : « Abba ». Je le sais, Tu m’écoutes
Et de me relever, Tu me donnes appétit.

 

J’ai l’audace aujourd’hui, le culot des mendiants
De t’avouer ma faim en me déclarant pauvre.
Qu’importe si certains me jettent un regard torve :
Tu couronnes qui vient à toi en suppliant.

 

IV. Le besoin de Dieu

C’est un très grand mystère, un dieu qui a besoin
D’une Vierge-Maman pour lui changer ses langes.
A genoux devant Lui, les terribles archanges
S’étonnent de le voir naître nu dans le foin.

 

Raphaël mélomane entonne le premier
Un Gloria sonore, éclatant, magnifique,
Aussitôt répété dans les forêts elfiques,
Les cavernes lointaines et les juteux pommiers.

 

Gabriel au courant, car il est messager,
Humble comme un moineau ne perd aucune miette.
Sautillant et battant des ailes pour la fête,
Il annonce l’hostie à un prophète âgé.

 

Michaël le guerrier voudrait servir ce soir,
Écraser sans attendre un Démon qu’il abhorre.
Le nourrisson vagit, tandis que s’élabore
Les stratégies divines au son d’un encensoir.

 

Azraël le Dernier, qui est aussi présent,
Mort faite archange, Mort terrestre et nécessaire,
Lui dit : « Tu me vaincras. J’aurai comme salaire
De mourir à mon tour en goûtant à son sang. »


Que suis-je quant à moi devant ces Majestés ?
Qu’ai-je donc à offrir au pied de Votre Crèche ?
Seigneur Jésus, un vent glacé d’hiver vous lèche :
C’est mon cœur de métal et de péchés lesté.

 

Pourtant, je viens vers Vous, ou plutôt je T’adore,
Petit Jésus de chair que l’on peut tutoyer.
L’or des Rois Te plaît moins qu’un berceau de noyer.
Au milieu de la nuit, on voit une aube éclore.

 

Je viens Toi, mon Dieu, non pas que je sois digne
De Ta Miséricorde ou de l’Éternité.
Mais vraiment j’ai besoin, par ta simplicité,
Que tu donnes à mon cœur la chair tendre du cygne.

 

V.  Les petits sacrifices

Quittant son trône noir et son royaume laid,
Satan cherche partout la guerrière invisible
Qui lui vole des âmes à coups de chapelet.
Écumant les palais, il se trompe de cible.

 

Car c’est bien d’un Carmel qu’un silence éloquent
Se répand sur la Terre enfiévrée et malade.
Son tout petit parfum plus fort que le Croquant
Voudrait qu’aucun enfant ne soit laissé en rade.

 

Les deux vont s’affronter dans une corrida
Ou sur un échiquier qui a pour nom le Monde.
Satan veut tout garder et tuer les pandas.
Carmel veut tout donner pour vaincre l’ange immonde.

 

Le plus noir des taureaux va-t-il piétiner
Ce matador étrange et sa lame trop ronde ?
Ce n’est qu’un petit grain à peine dessiné
Un Ave Maria pensé chaque seconde.

 

Lui autrefois si beau qu’il porta la Lumière
Sur son front aujourd’hui charbonneux et méchant
Vaincra-t-il aux échecs la petite prière
Le tout petit Pater porté par un plain-chant ?

 

En l’affrontant de front, Carmel court à sa perte
S’il conserve pour lui le poids du matériel.
Mais la petite sœur pratique un jeu alerte
Sacrifiant son tout pour le spirituel.

 

Le gambit de la sœur se fait miraculeux
Quand ayant tout perdu, pauvre et obéissante,
Chaste comme une enfant, poumons tuberculeux,
Elle devient Reine au Ciel et d’une voix puissante

 

Demande gentiment : « Dites Térésita
En souvenir de moi qui veux rester petite. »
Jamais le Roi jamais, un instant ne quitta
Un instant du regard cette humble carmélite.

 

Sa vie sacrifiée au regard du bon sens :
« Si tu veux gagner, perds. Si tu veux monter, tombe. »
Lui donne dans le Ciel la parfaite puissance.
Des rosiers ont fleuri sur le sol de sa tombe.


Pour aller plus loin


Version 1.2.1

Lu 154 fois Dernière modification le jeudi, 07 octobre 2021 17:39
Philippe Perrier

Ancien journaliste littéraire pour Auteurs.net, Lire, L'Express, La Revue des Deux Mondes et RCF Corsica, métis corso-greco-mayennais, écrivain momentané. Co-auteur de "Cargèse autrefois ..." et "Cargèse autrefois... II" (Lacour), ainsi que d'"Ortelin, ficus bavard" (Leanpub).

Président Co-fondateur de quelquesplumes.info

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